Après un an de vieille somnelente,
Convalescence de l'esprit et du corps,
La lente purge des humeurs maussades et miséreuses,
Expie le cynisme, la fatigue et la confusion.
Les yeux fermés pendant la tempête,
Pour mieux entendre par dessus le tumulte,
Décoder et analyser l'ouragan,
Pour savoir quels moulins son vent allait frapper.
Les yeux ouverts dans le silence des petites heures,
Contemplant les échos du vide stellaire,
Les semelles frappant le ciment froid,
Étant le seul signe que la vie continue.
Tout cela est bien fini : le cadran sonne,
Et pour une fois, je n'ai même pas envie de l'ignorer.
;)
FredK7
samedi 28 juillet 2012
jeudi 16 juin 2011
Sur le chaos et l'anarchie - Commentaire
Ceci est un commentaire faisant suite à la parution d'un texte de mon ami Xavier Boileau dans le quotidien québécois Le Devoir. Je vous invite à suivre et à participer à la discussion qui s'en suit sur le site du quotidien.
FredK
_____________________
FredK
_____________________
Félicitations M. Boileau pour votre texte et bravo pour sa
publication.
Beaucoup de réactions à vos propos reprennent de façons
variées l'argument selon lequel la disparition des partis politiques aurait pour effet de
déstabiliser le gouvernement - avec le spectre de l'anarchie et du chaos en
arrière-plan. D'autres vous opposent que les partis politiques se reformeraient
autour de coalitions informelles, ce qui aurait pour effet de recréer une
situation semblable à celle qui nous vivons présentement.
Essentiellement, ces perceptions découlent d'une vision de
l'homme politique où celui-ci s'identifie à une pensée - conservatrice, libérale,
socialiste, etc. - ou à un groupe - fédéralistes, souverainistes, etc. - avec
lequel il partage les mêmes convictions. C'est la logique du parti.
Dans un tel paradigme, où l'homme politique défend les mêmes
positions que plusieurs autres sur l'ensemble des enjeux à débattre, il est logique
que ces personnes se regroupent en partis politiques qui défendent une ligne de
pensée commune.
Cependant, bien que cette logique semble avoir été celle qui
primait durant les années de la révolution tranquille, et qui a permis de faire
du Québec une société moderne en l'espace de quelques décennies, elle ne
correspond plus du tout au modèle de pensée des générations postrévolutionnaires
pour qui l'adhérence à une idéologie se fait de façon ponctuelle, enjeu par enjeu.
Je m'explique.
Ceux et celles qui sont nés après la révolution ont grandi
dans un environnement en grande partie débarrassé des tabous sociaux,
entre-autres religieux, où le développement des échanges d'idées était valorisé
par l'éducation et facilité par le développement des technologies de l'information
et de la communication.
Littéralement mis face à face avec le monde, leurs convictions se sont forgées autour d'enjeux - environnement, pauvreté, indépendance, démocratie, etc. - qui les intéressaient particulièrement et sur lesquels ils ont cherché à se renseigner et sur lesquels ils ont pris position. Bien entendu, ils ont rencontré dans ce processus des gens qui partageaient leurs idées et qui défendaient les mêmes valeurs qu'eux.
Littéralement mis face à face avec le monde, leurs convictions se sont forgées autour d'enjeux - environnement, pauvreté, indépendance, démocratie, etc. - qui les intéressaient particulièrement et sur lesquels ils ont cherché à se renseigner et sur lesquels ils ont pris position. Bien entendu, ils ont rencontré dans ce processus des gens qui partageaient leurs idées et qui défendaient les mêmes valeurs qu'eux.
Seulement voilà : s'entendre sur un enjeu spécifique ne signifie
pas s'entendre de façon intégrale sur ce que devrait être la société. Bien
entendu, c'est une réalité présente à l'intérieur des partis politiques - le PQ
nous l'a bien rappelé récemment - mais l'homme politique issu de la génération
qui n'ayant pas vécu d'enjeux aussi polarisateurs que la souveraineté du
Québec, a une vision de la société qui est foncièrement "à la carte".
Dans un tel cas de figure, il devient facile d'expliquer
pourquoi la partisannerie « de ligne de parti » est nuisible à la
chose publique : comment voulez-vous qu'un jeune souverainiste de droite choisisse
entre un parti fédéraliste de droite et un parti souverainiste social-démocrate?
Réponse : il ne choisit pas. Et ne vote pas.
Aussi, l'abolition des partis politiques, tel que le suggère
monsieur Boileau, loin de mener au
chaos et à l'anarchie, permettrait à ces jeunes qui voient
la politique sous nombre de dimensions, oserais-je dire à un niveau de complexité
dépassant l'insignifiant axe gauche-droite, de prendre part active à la chose publique
et à défendre ce en quoi ils croient, non pas ce qui est pratique de défendre.
Ce type d'expression fleurit déjà là où les contraintes
d'appartenance à un parti n'existent pas, sur l'Internet. Les jeunes échangent,
se renseignent dans des forums comme Générations d'idées et l'Institut du
Nouveau Monde. Cette politique plaçant l'humain et ses convictions au centre de
la démocratie, quoique informelle, produit déjà des propositions très, voire
bien plus novatrices, que celles des partis.
Le progrès sociétal passe aussi par l'évolution des
structures du pouvoir.
lundi 16 mai 2011
À la fenêtre - Création
Il s'agit d'un fragment d'un récit plus long et à venir. (Plus long et surtout mieux écrit!)
Je travaille un certain type d'ambiance, en plus de me tremper le bout du petit orteil dans les séquences dialoguales. Je vous invite donc à me faire peur par vos commentaires afin que je perde l'équilibre et y bascule à pieds joints.
L'été arrive : http://www.youtube.com/watch?v=zLTG3Vn7MN0
FredK
_________________
Je travaille un certain type d'ambiance, en plus de me tremper le bout du petit orteil dans les séquences dialoguales. Je vous invite donc à me faire peur par vos commentaires afin que je perde l'équilibre et y bascule à pieds joints.
L'été arrive : http://www.youtube.com/watch?v=zLTG3Vn7MN0
FredK
_________________
Les rideaux frissonnent au gré du
vent qui s’engouffre dans la chambre d’hôtel. En se penchant sur la balustrade
de la fenêtre ouverte, notre regard plonge de dix-huit étages, heurte au
passage la voie du métro aérien et rebondit pour finir écrasé sur le trottoir
d’une grande avenue. Vue de cette hauteur, celle-ci a davantage l’apparence
d’une tranchée creusée afin de révéler les façades des gratte-ciels que d’une
voie de circulation où s’entassent Cadillac et centaine d’autres bolides à
quatre roues se bousculant à toute vitesse.
Chicago, ville du vent, traversée
par l’air et par les hommes.
En se retournant vers l’intérieur
de la chambre, on constate que le courant d’air y a remplacé la vigueur des
hommes. Le décor vide est transi, les éléments figés dans une posture étrange,
comme s’ils s’étaient subitement soustraits à la force qui les animaient à mi-chemin.
Les draps ne sont défaits que d’un côté du lit, une chaise est renversée par
terre, la porte menant à la chambre contigüe est entrouverte et claque chaque
fois que la brise la repousse. Une ampoule brisée trône au milieu d’une lampe
ayant perdu son abat-jour. Un tiroir est grand ouvert et menace de choir sur le
sol.
La lumière grise de l’extérieur tombe
sur quelques pièces de vêtements jetées de façon éparse sur le plancher,
suggérant qu’une chaude lutte s’y est déroulée. Parmi l’amas de soie, de satin
et de lin entremêlé trône une paire de chaussures noires, récemment cirées au
kiosque situé à l’entrée de l’hôtel. L’air froid qui emplit la pièce s’instille
dans les moindres replis de tissu, effaçant les dernières marques de la
frénésie qui y régnait il y a quelques heures.
Pour en témoigner, il ne reste que
quelques traces de pas humides devant l’entrée de la salle de bain, ainsi que
les éclaboussures de sang qui ont été projetées sur le mur lorsque le crâne du
cadavre gisant à son pied a éclaté.
Chicago, ville des abattoirs,
traversée par le crime et la passion.
Quinze rues plus loin, dans un
édifice de trois étages, se trouve un bureau que l’on pourrait croire désert.
Contre l’intérieur de la porte vitrée est posé un carton aux coins racornis et
aux couleurs désaturées indiquant « à louer » depuis belle lurette.
Pourtant, s’en remettre à cette apparence est faire fi du ronronnement du
ventilateur ainsi que des bribes de conversation qui filtrent à travers la cloison
et qui trahissent la présence d’au moins deux individus.
La première chose que l’on remarque
en se risquant à l’intérieur est le ventilateur plafonnier qui tremble sur son
axe dans un grondement menaçant. Les bulbes de ses ampoules sont tous brisés,
de sorte que la seule lumière qui éclaire l’espace de travail est celle qui
filtre par les interstices du store entrouvert, projetant des rectangles
d’ombre dans la pièce. Les pales de l’appareil tournent à pleine puissance, envoyant
voler en l’air la poussière lorsqu’elle ose se déposer sur le sol. Un tel
courant d’air éparpillerait aux quatre coins du local les documents déposés sur
la table de travail qui fait dos à la fenêtre et face à la porte, mais il n’y a
rien dans la pièce qui ressemble de près ou de loin à un document écrit.
Le second élément sur lequel se
porte notre attention est une mouche qui tente de fuir par la fenêtre ouverte,
mais qui n’arrive pas à se glisser entre les barreaux du store, se heurtant
constamment contre l’un d’eux et rebondissant en arrière avant d’amorcer une
nouvelle tentative d’évasion.
La dernière chose qu’aperçoit
un intrus sont les deux chaises en bois et au dossier droit de part et d’autre de
la table, placées là comme pour inviter un client à s’asseoir et à discuter. Un
téléphone à cadran est posé au pied d’un tabouret à trois pieds, lui-même
positionné dans un coin de la salle. Ces éléments constituent le seul mobilier
du bureau, mis à part les personnages qui l’habitent.
Chicago, bas-fond peuplé de
criminels.
Ses semelles pleines de terre salissant
la table sur laquelle il repose ses jambes, Frankie Yale, 27 ans, cent trente
livres et six pieds sept, le nez aquilin et le teint cireux, finit d’astiquer
le barillet de son revolver. Déposant le contenant d’huile sur le bureau parmi
les chiffons et autres brosses de nettoyage, il fait rouler le chargeur d’une
légère impulsion du pouce. Satisfait de la fluidité du mouvement, il y
introduit une cartouche, referme l’arme d’un coup expérimenté du poignet et la
pointe en direction du tabouret où est assis l’autre occupant de la pièce. Il
adresse à son collègue de bureau un sourire exhibant ses dents, demandant
implicitement s’il apprécie cette forme de roulette russe.
Edward O’Brien, 45 ans, pesant cent
quatre-vingts livres et mesurant cinq pieds sept, qui jusque-là écorchait
tranquillement une orange de Floride tout en guettant le téléphone, cesse un
moment son mouvement répétitif et se tient coi. Même s’il est au fait que les
humeurs de meurtre qui traversent sporadiquement le désaxé qui lui sert de
partenaire sont passagères, l’irlandais en bretelles et bras de chemise sait
que Frankie appuiera sur la gâchette à la moindre contrariété. O’Brien se
contente donc de fixer la goutte de sueur qui dégouline jusqu’au bout de la
narine celui qui lui braque un fusil au visage. Remarquant que les yeux
injectés de l’homme à l’air malade sont peu à peu envahis par un malaise
physique grandissant, il se demande combien de temps encore ce dernier pourra
résister à l’envie de renifler.
Trop mal à l’aise pour continuer
son petit jeu, Frankie renâcle un grand coup et puis s’essuie à l’aide de sa
manche. Mauvaise idée : la poussière de ses vêtements sales cause une
inflammation dans sa muqueuse nasale et il éternue bruyamment. Le coup part, la
balle venant se loger dans le ventilateur qui se détache du plafond et vient se
fracasser violemment sur la table, ne laissant au tireur qu’une fraction de
seconde pour se jeter sur le sol et éviter à ses jambes d’être broyées.
« Maudit abruti de crétin d’imbécile
de débile profond! » crie l’irlandais, en plus d’ajouter une poignée de
qualificatifs tirés du gaélique explicitant la peu glorieuse ascendance de
l’américain pendant que ce dernier tousse dans la poussière de plâtre. « T’attendais
vraiment juste que ça te tombe sur la tête? Maudit innocent! » ajoute
O’Brien alors qu’il enjambe les débris du plafond les poings serrés.
Alors qu’un poing levé s’apprête à
s’abattre sur lui, Frankie lève son revolver et appuie son canon sur le front
de son agresseur. Celui-ci cesse brusquement son attaque.
« Il n’est même plus
chargé. » dit O’Brien, d’un ton neutre. « Je t’ai vu, t’as mis qu’une
balle à l’intérieur et c’est elle qui a descendu le plafonnier. »
« Irais-tu te rasseoir, s’il
te plaît? » réplique l’américain d’un ton suave. «À attendre gentiment sur
ton tabouret que le téléphone sonne? »
Il exhibe à son interlocuteur un
sourire carnassier.
Frustré, doutant du fait qu’il
reste une balle dans le barillet, mais ne pouvant remettre en question l’issue
pour lui si jamais il y en avait une, l’irlandais aux énormes favoris se
retourne, fait quelques pas et se laisse tomber sur le banc. Frankie,
satisfait, se rassoit sur la chaise faisant face à la porte et aux débris de
son bureau, sur lequel il dépose son arme. Il s’adonne alors à la contemplation
de la mouche qui tente toujours d’échapper par la fenêtre, un peu comme l’homme
qu’il a tué ce matin.
Lui retirer les informations dont
avait besoin son employeur avait été difficile, mais les deux hommes de main
s’étaient inspirés d’une phrase qui leur avait été dite au téléphone, et dont
la véracité venait d’être prouvée de nouveau à l’instant.
Comme quoi on obtient plus en étant
poli et armé qu’en était simplement poli.
dimanche 24 avril 2011
Le pardon - Création
En voilà un qui n'est pas sorti tout seul : il s'agit de la quatrième version de l'un des trois textes qui partagent en grande partie la même trame narrative, puisqu'ils ont tous la même situation initiale. Je vous laisse imaginer le micmac de papier qu'il y avait sur mon bureau alors que je tentais d'y mettre de l'ordre afin de ne pas confondre les pages 1 entre-elles, ce qui entraînait inévitablement un chaos oulipien des genres et des évènements.
Sur ce, je vous recommande Si par une nuit d'hiver un voyageur d'Italo Calvino.
Bonne lecture,
FredK
______________________
Joseph émergea du bâtiment, la conscience en feu et les entrailles
révoltées. Il s’appuya un moment contre le mur de béton de l’enceinte de l’OSM
pour reprendre son souffle, plié en deux, son cœur battant fortissimo. D’une main tremblante, il sortit un paquet de
cigarettes de sa poche, en agrippa une, et laissa choir le reste par terre afin
de saisir son briquet plus rapidement. Rageusement, il se mit à aspirer la
fumée du petit cylindre de nicotine dont l’incendie allait calmer ses nerfs.
Une inspiration, puis deux. À la troisième, il sentit la drogue se répandre
dans son sang. À la cinquième, son tube digestif se dénoua et il put déglutir.
Une dernière bouffée et son diaphragme cessa sa crise de zèle. Il put alors
arracher le mégot de ses lèvres et le jeter au loin.
Les paumes appuyées sur ses genoux, le dos contre le mur, il
balança la tête en arrière, dégageant ses voies respiratoires pour mieux
remplir ses poumons d’un grand bol d’air nocturne. La fraîcheur de cet oxygène
dont il ne sentait pas l’odeur lui gela les narines au rythme de son
hyperventilation et rapidement, il se pencha, une main sur le nez, pour
récupérer et allumer une des cigarettes tombées sur le trottoir.
Le boulevard de Maisonneuve était désert à cette heure tardive,
hormis pour un autobus immobile de l’autre côté de la rue. Joseph savait
pertinemment que s’il esquissait un mouvement pour traverser la voie et y
monter, le chauffeur démarrerait, ayant soudainement réalisé qu’il ne roulait
plus depuis plusieurs minutes sans aucune raison valable et qu’il y avait déjà
des dizaines de personnes qui l’attendaient dans le froid aux arrêts suivants.
Par contre, pour le moment, les secondes de trop qu’il passait à paresser
devant Joseph ne faisaient qu’accentuer l’impatience que ce dernier ressentait
à geler sur place. Il détourna le regard et constata qu’il commençait à neiger
lorsqu’il reçut un flocon dans l’œil.
Joseph sacra à plusieurs reprises et tenta vainement d’enlever l'eau
congelée de son globe oculaire avant qu’elle ait complètement fondu, échappant
sa deuxième cigarette dans la manœuvre. Quand il releva la tête, ce fut pour
voir l’autobus qui s’éloignait. Peine perdue, se dit-il en sentant le liquide
froid sous sa paupière, je ne peux rien y faire : c’est vraiment une
journée de merde.
Il ramassa les cigarettes et le paquet éparpillés devant lui et
fourra le tout dans une poche de sa veste. Rentrant le cou dans les épaules et
tirant son col de chemise vers le haut, Joseph se résignait à rentrer chez lui
à pied lorsque l’une de ses collègues sortit à son tour du bâtiment. Son
chapeau d’où s’échappaient quelques mèches de cheveux cachait son regard et elle
déménageait seule l’étui de son instrument qui, à la façon qu’elle avait de le
trainer, semblait beaucoup plus pesant qu’à l’ordinaire.
La musicienne esquissa un geste de la main pour saluer le vieil
homme et Joseph le lui rendit contrairement à son habitude. Normalement, il
aurait répondu par son grognement caractéristique des mauvais jours, sorte de
bruit rauque signifiant à la fois « bonjour » et « laissez-moi
tranquille », mais il lui semblait que le moment était empreint d’une
gravité qui lui commandait d’agir autrement. Voulant se libérer du malaise
qu’il ressentait face à cette femme qui le fixait en silence, il poussa la civilité
jusqu’à lui offrir de la raccompagner. Elle refusa poliment et le fixa encore
quelques secondes avant de disparaître dans l’ombre tendue entre deux
lampadaires.
Joseph aurait parié cher qu’elle traînait autre chose qu’un violoncelle dans
cet étui.
Secoué, le vieil homme décida de faire escale avant de
rentrer à la maison, sentant qu’il avait besoin d’un petit nightcap pour combattre le tremblement intérieur et le froid qui
l’avaient envahi. Il déambula donc vers l’ouest, pestant contre l’averse de
neige qui s’intensifiait sans pour autant perdre de son humidité.
Il dut rebrousser chemin après être passé tout droit devant
les marches du Upstairs Jazz Bar &
Grill, décrété lieu de déchéance par tous les saints évangiles ainsi que
par le directeur musical de l’OSM, dont l’autorité morale était nettement
supérieure. Pour Joseph cependant, la perspective de damner son âme immortelle
était en quelque sorte amoindrie par celle de goûter encore une fois à la
bouteille de cognac que le patron lui réservait. En franchissant la porte, il
pénétra dans la salle surchauffée qu’il parcourut d’un regard circulaire, les
sourcils froncés, pour repérer les éléments habituels du décor. Le bar était
toujours à gauche de la scène et que la table de billard n'avait pas bougé non
plus. Ses craintes dissipées, il alla s’asseoir au comptoir et fit signe au
patron.
Joseph se versa lui-même son troisième verre de cognac –
c’est qu’il faisait chaud! On aurait dit qu’ils manigançaient pour que vous
ayez envie de boire… – alors que l’orchestre prenait place sur la scène. D’une
oreille distraite, il repéra les instruments présents. Contrebasse, batterie, piano
et trompette, il aurait droit à une succession bien ordinaire des standards les
plus banals, pièces faciles qui raviraient le public parce qu’il les
connaissait. La bouche de Joseph s’étira en un rictus dédaigneux et il porta de
nouveau son verre à ses lèvres.
Le cognac aidait à faire passer la musique qui, somme toute,
n’était pas si mauvaise. Il y avait la façon de jouer du trompettiste – très staccato – qui l’énervait parce qu’elle
lui rappelait quelque chose, sans qu’il puisse savoir quoi. L’orgueil prenant
plus facilement le bord après le sixième verre, Joseph avait renoncé à
identifier cet élément irritant et avait détourné son attention vers le
contrebassiste, dont il se moquait du regard bovin.
Trois cents mesures plus tard, constatant que l’heure qui
était affichée sur le cadran pendu au-dessus de la table de billard lui
indiquait qu’il allait passer la nuit sur place, Joseph s’affala sur le bar –
tant qu’à dormir, autant être confortable. Juste avant de sombrer, mais il n’en
fut jamais certain, il entendit la porte s’ouvrir et le bruit d’un grand
courant d’air remplacer la musique. Le froid l’envahit à nouveau, lui faisant
oublier pourquoi il était sorti de la salle de l’OSM en courant, le cri qu’il y
avait entendu et la réplique qui lui avait été faite.
mardi 22 mars 2011
Le chant du Cygne - Création
Parce que c'est sa petite soeur. (Peut-être sa suite?)
FredK
____________________________
FredK
____________________________
Les patins marquaient la glace de leurs coups réguliers, y
imprimant des lignes courbées au rythme lent
des pieds qui les chaussaient. La douce neige qui tombait sur l’anneau de glace
de la patinoire extérieure avait chassé les sportifs, et le vent tiède qui
traversait l’atmosphère y avait amené les artistes. C’était un dimanche matin
au parc Lafontaine.
Une femme s’était installée en bordure de l’eau gelée et
regardait passer foulards et fedoras, couples et enfants, peintres solitaires
et serveurs, tous attendant d’être jetés en pâture à la foule dans une
apothéose de gloire. Elle était assise sur un banc public, l’étui d’un
violoncelle posé à ses pieds. Sur sa tête, un petit chapeau rond dont
s’échappait une longue chevelure brune. Dans la main gauche, une feuille de
papier qu’elle froissait sans le savoir, faisant glisser son pouce et son index
sur les lettres du message, voulant s’assurer par le toucher de l’existence de
ce qu’elle ne regardait pas.
La femme contemplait la patinoire et ses gens heureux,
paumés, pleins d’espérance, ceux qui avaient de la lumière dans les yeux avant tout
autre chose. À ceux-là, la vie avait fait le cadeau d’entrevoir un avenir
meilleur, ou tout simplement d’en avoir un aussi heureux. À ceux-là, la nature
avait donné la foi et inspiré la confiance. Il semblait que cette dernière
transpirait d’eux, les faisant se tenir droits dans leurs manteaux colorés. Ou
était-ce parce qu’ils se tenaient debout qu’ils apercevaient autre chose que
les marques qu’ils laissaient dans la glace? Quelle importance cela avait-il au
fond?
Le silence de la chute des flocons donnait l’impression que
l’endroit était coupé du reste de la ville; le glissement du fer sur l’eau gelée
achevant d’étouffer les bruits de la circulation qui auraient autrement résonné
à travers le parc. De par cet isolement, la patinoire se trouvait transformée
en un oasis de conifères au milieu duquel se cachait un étang, parcouru par
tout autant de fils de Dieu.
Parmi ces incarnations de la félicité erraient pourtant
quelques cygnes noirs. Seuls, ils regardaient le bout de leurs patins, les
épaules affaissées. Un soupir leur gonflait la poitrine, mais il y restait
accroché en voyant le petit sourire en coin que leur adressait la femme restée
assise sur le banc. La violoncelliste leur offrait celui dont elle usait si
habilement pour faire fuir le découragement, se sentant à la fois soulagée et
quelque peu égoïste de voir que ce n’était pas elle qui en avait besoin. Elle
sourit à une autre femme arborant les cernes noirs des nuits trop courtes. À un
homme vêtu d’un trop vieux pardessus. À un autre homme encore, qui ne savait
pas patiner.
Les âmes en peine qui mouvaient leurs ombres devant elle
n’avaient pas conquis ce qu’elles désiraient. De la reconnaissance, surtout. De
l’aide, peut-être. De l’amour, sûrement. Elles tournaient en rond et en rond,
cherchant un angle ou des bras où elles pourraient se blottir. La tristesse
masquait leurs visages et l’envie alourdissait leurs cœurs.
La violoncelliste, assise sur le banc public, détourna le
regard de la patinoire et le posa enfin sur la feuille qu’elle froissait
toujours de ses doigts gantés. C’était un refus. On arrêtait brutalement
l’ascension d’une étoile pour la ramener sur Terre, là où elle ne brillerait
plus. Cette mise au cachot orchestrée par un directeur maniaque l’avait
abasourdie. Prise de court, il lui avait à peine laissé le temps de récupérer
son instrument et l’avait jetée dehors avant qu’elle puisse dire adieu aux gens
et au lieu où elle avait passé les six dernières années de sa vie.
« Non. » Et c’était tout. Pas de « bonne chance », d’« au
revoir », ni de conseil quelconque. Rien de tout cela. « Un souhait
qui n’est pas sincère n’en est pas un de toute façon. » s’était-elle convaincue.
Elle avait quitté la salle de spectacle, sa condamnation écrite à la main, et
avait erré dans la ville jusqu’à ce que le silence du parc Lafontaine
l’enveloppe de ses profondeurs.
La patinoire, d’un blanc étincelant, était belle à voir, et
la scène qui s’y déroulait, succession immuable et insouciante de personnages
d’ombre et de lumière, l’avait attirée comme pour qu’elle y monte. Réaliser
qu’elle n’avait pas ses patins et se sentir à nouveau écartée, cantonnée dans
l’affreux rôle de spectatrice, cela avait exacerbé sa rancœur, la forçant à
s’arrêter, à cesser de fuir ce qui l’avait suivie.
Assise sur un banc public, Catherine regarda l’étui de son
violoncelle appuyé contre ses pieds. Il n’avait pas bougé. Elle le prit
précautionneusement et souleva le couvercle afin d’en sortir l’instrument. Il
était toujours là. À tâtons, ses doigts trouvèrent l’archet dans l’immense
caisse noire tandis que son regard caressait amoureusement le violoncelle,
glissant de la volute au cordier, comme si elle avait besoin de le séduire avant
de pouvoir en jouer.
Et elle en joua, en joua. Au beau milieu du parc Lafontaine,
devant un étang gelé où déambulaient des inconnus qui ne l’écoutaient pas. Elle
joua sans public, dehors, sous l’averse de neige. Elle continua de jouer sous
la brise, le vent mêlant ses cheveux. Et puis bien après qu’elle ait senti le
froid commencer à engourdir ses doigts gantés. Catherine joua pour elle-même,
les yeux fermés, oubliant le monde qui l’entourait, si ce n’est la musique qui
l’habitait ainsi que le raclement régulier des patins qui donnait le tempo.
Catherine joua longtemps, jusqu’à ce que le dernier cygne se
soit envolé et qu’elle se retrouve face à une patinoire vide, illuminée par les
réverbères. Transie, elle vit un père et une mère soulever leur enfant pour le
déposer en haut de l’escalier de trois marches qui menait à la patinoire.
L’enfant, qui n’avait pas plus de six ans, rit en agitant ses patins dans le
vide et partit au galop les enlever à l’intérieur.
Il ne neigeait plus.
Catherine sourit.
Un air de guitare - Création
Parce que c'est un vieux texte, qui date d'une autre époque il faut croire.
Parce que j'ose dire qu'il est beau.
Et parce que je ne pouvais pas laisser l'autre horreur en page couverture.
Je vous offre un aperçu de l'Underground Café.
FredK
______________________
Parce que j'ose dire qu'il est beau.
Et parce que je ne pouvais pas laisser l'autre horreur en page couverture.
Je vous offre un aperçu de l'Underground Café.
FredK
______________________
Un air de guitare, tellement connu, usé comme
les cordes qui le supportent et qui vibrent sous l’impulsion d’un musicien
balançant sa tête d’avant en arrière, lentement. Il tape du pied, bat la
mesure, doucement. Celle-ci, habituée au vieux bluesman, à sa voix éraillée et à son haleine puant le tabac, se
laisse faire, encore, et accepte le coup de chacune des notes, prononçant la
mélodie enivrante une fois de plus.
Le vieux bluesman lève sa
tête chauve sur laquelle repose un chapeau brun usé jusqu’à la toile. Il lève les yeux de
sa guitare pour le poser sur la petite assemblée. Son regard pénètre en vrillant
jusqu’au fond de leur crâne, balayant la raison sous le tapis et éveillant en
eux une envie viscérale, qui bouge avec la musique, incompréhensible et pourtant
si claire. Ce goût envahissant en vient à bloquer leur vision fuyante dans une
direction, hypnotisant comme la poussière de la pièce qui tombe doucement dans
la lumière des projecteurs. La pulsion bat au rythme de la musique, le tempo
n’étant lent que pour atteindre de plus grandes profondeurs.
Le vieux bluesman sourit,
son sourire jauni s’adressant à cette audience inconsciente, mais qui, déjà, a
perdu son innocence. Il sait qu’ils le sentent, bien qu’ils ne puissent pas le
savoir. Ces gens sentent que ce n’est plus la caisse de sa guitare qu’il fait
vibrer, que ce ne sont plus des cordes de cuivre qu’il pince, que son pied ne
martèle plus le sol, mais que leur être tout entier est devenu un instrument
sur lequel il joue. Totalement captivés, lentement, ils sont prêts à taper des
mains, à se lever debout, à chanter avec leurs voisins, à crier avec eux, à
danser, à renverser les chaises, monter sur les planches tachées de graisse des
tables, à crier à tue-tête, à tout faire pour évacuer cette énergie
euphorisante créée par la caresse du musicien sur les cordes de leurs âmes.
Le vieux bluesman ne rompt
pas le charme et déjà, les signes avant-coureurs de la furie prochaine se
manifestent. Une jeune femme commence à taper des mains, elle dont l’œil vide et
cherchant l’oubli pétille maintenant de mille feux. Un homme, enthousiaste pour
la première fois de son existence dont la monotonie le tue, s’en prend lui
aussi à la musique et va jusqu’à battre la mesure. Quelqu ’un
dans l’ombre crie yeah! et sa bande d’amis
habillés de cuir et accoudés au bar approuvent en lui faisant écho. Ils y
resteront finalement, les yeux soudés au musicien et leurs bottes au plancher, la
poussière qui s’accumule doucement autour d’elles finissant par former des
empreintes en un lieu où ils ne croyaient que passer.
Sans cesser de jouer, le vieux bluesman
pointe du doigt un de ses comparses habitué de la place, salut presqu’invisible
puisque le geste n’est qu’esquisse, et le public le remarque uniquement par le
changement de tonalité qui l’accompagne. Immédiatement, on se retourne, et le
comparse qui rend le salut devient la personne la plus appréciée, la plus
fiable, la plus respectée de la salle par le lien privilégié qu’il partage avec
le musicien. On lui offre à boire, pour dégager un sourire de cette poussière,
on veut savoir son histoire, on le traite de chanceux, on l’envie. Le comparse
sourit, c’est un habitué de la place.
Le vieux bluesman sent son
énergie couler à travers la guitare, puis se dissiper dans la pièce en notes
volatiles qui forment un immense nuage gorgé de musique, n’attendant que
quelqu’un laisse tomber sa garde pour libérer ses portées mouvantes sur le
bienheureux paratonnerre. Il continue de jouer avec les éléments dans ce
sous-sol de bas-fonds, quelques croches et noires s’en échappant par l’escalier
trop sale pour aller narguer la lune, grandeur céleste provoquant des marées
qui n’arrivent pourtant pas à la cheville de ce que lui parvient à créer.
Curieuse, elle se rapproche de l’horizon et parvient, elle aussi, à s’accouder
au bar, où elle retrouve deux de ses amis, des amoureux habitués des promenades
nocturnes.
Le rayon de lumière qui manquait ayant fait son entrée, le vieux bluesman rigole en voyant l’orage
musical exploser sur la tête d’un jeune adolescent qui repousse du pied le
tabouret sur lequel il était assis et entraine sa copine dans une danse
endiablée. Le reste de la salle applaudit puis se joint à eux précipitamment,
foule spontanée, confuse, mais heureuse, l’absurdité de leurs existences bigarrées
disparaissant dans le chant éraillé de l’homme chauve.
Le vieux bluesman ferme
les yeux.
Lorsqu’il les rouvre, la lumière matinale éclaire les débris
consumés de la baraque.
Les rayons obliques qui réussissent à traverser l’épais nuage
de poussière frôlent les chaises renversées, des débris de souliers, des
cadavres de partitions, une rangée de bouteilles dont le mal de tête leur fend
le goulot et le balai du concierge, découragé devant l’ampleur du désastre
révélé par un soleil complice : il a retardé sa venue pour permettre aux
fêtards de s’éclipser.
Le vieux bluesman allume
une cigarette dont la braise rejoint bientôt les cendres de la soirée. Il jette un
regard sur l’étui de sa guitare, y dépose son amie de toujours, actionne les
fermoirs et pousse un soupir. Lentement, sa précieuse cargaison en main, il se
lève du banc où il vient de passer plus d’heures que le bon sens le voudrait,
salue le concierge qui entre rejoindre son balai éploré en prenant le devant
déformé de son chapeau brun entre deux doigts. Ils y retrouvent facilement le
creux : eux aussi sont des habitués de la place.
Il descend de la scène, ses souliers de cuir aussi fatigués qu’elle.
Le vieux bluesman traverse la piste
de danse, se fraye un chemin entre les tables, croise le bar et vient serrer la
main à la poignée de porte. Il ne jette pas de regard en arrière, il a déjà
tout vu, connaît la salle si bien qu’il pourrait la peindre, s’il en avait le
talent, ou l’envie. Les vibrants souvenirs qu’il garde de cet endroit sont
innombrables, et surpassent de si loin en valeur la dernière image qu’il pourrait
en avoir, photo décevante d’un endroit vide et sans âme, qu’il n’hésite même
pas, et pousse la porte.
En haut de l’escalier trop sale, le vieux bluesman aperçoit la lumière éclatante du jour et une portion de
ciel trop bleu. Il sent l’humidité et les rejets des moteurs à explosion coller
à sa peau. Il entend la rumeur criarde des klaxons et les pas pressés de
dizaines d’individus en retard.
Le vieux bluesman gravit
les marches une à une, l’étui contenant sa guitare à la main, son vieux chapeau
brun enfoncé sur son crâne dégarni. Il jette sa cigarette sur le trottoir et
sourit de son sourire jauni par le tabac. Il a la musique dans le cœur.
mardi 2 novembre 2010
Le chant de l'homme (Après les feux de l'automne) - Création
Du désespoir nait l'espoir
Après les feux de l'automne
La bataille cesse et le soleil se lève
Navire éprouvé par la tempête
Je mets le cap à l'Ouest
Surprenant cette poignée d'ennemis
Après les feux de l'automne
Je fuis le combat toutes voiles dehors
Laissant l'amertume et la vanité
À ceux armés de folie et blindés de raison
Prêts à mourir plutôt qu'à céder une pouce
Je me rends, mieux, je m'en vais
Après les feux de l'automne
Vous ne m'intéressez plus
Il n'y a plus que mon coeur que je suis
Et il me fait signe là-bas, à l'Ouest
Veuillez, messieurs, accepter
Ce très sincère pied de nez
Et me laisser courir rejoindre
Mes rêves d'enfant
Après les feux de l'automne
Après les feux de l'automne
La bataille cesse et le soleil se lève
Navire éprouvé par la tempête
Je mets le cap à l'Ouest
Surprenant cette poignée d'ennemis
Après les feux de l'automne
Je fuis le combat toutes voiles dehors
Laissant l'amertume et la vanité
À ceux armés de folie et blindés de raison
Prêts à mourir plutôt qu'à céder une pouce
Je me rends, mieux, je m'en vais
Après les feux de l'automne
Vous ne m'intéressez plus
Il n'y a plus que mon coeur que je suis
Et il me fait signe là-bas, à l'Ouest
Veuillez, messieurs, accepter
Ce très sincère pied de nez
Et me laisser courir rejoindre
Mes rêves d'enfant
Après les feux de l'automne
dimanche 17 octobre 2010
Plus ça change... - Notes
Je suis tombé sur ce passage lors d'une de mes lectures, et sa provenance m'a jeté par terre. De quoi effrayer les corps professoral et journalistique.
FredK
_____________________________________
Les Insolences du frère Untel - 1960
FredK
_____________________________________
Quand on a renoncé aux libertés fondamentales, comme il semble que la jeunesse a fait, en pratique, sinon en théorie (le mot liberté est toujours bien porté), on renonce facilement à la sytaxe. Et les apôtres de la démocratie, comme les apôtres du bon langage, font figure de doux maniaques. Nos gens n'admirent que machines et technique; ils ne sont impressionnés que par l'argent et le cossu; les grâces de la syntaxe ne les atteignent pas.
Je me flatte de parler un français correct; je ne dis pas élégant, je dis correct. Mes élèves n'en parlent pas moins joual : je ne les impressionne pas. J'ai plutôt l'impression que je leur échappe par moments. Pour me faire comprendre d'eau, je dois souvent recourir à l'une ou l'autre de leurs expressions jouales. Nous parlons littéralement deux langues, eux et moi. Et je suis seul à parler les deux.
Les Insolences du frère Untel - 1960
lundi 11 octobre 2010
Sur l'exploitation du gisement pétrolier sous-marin Old Harry - Commentaire
Ce texte fait suite à une invitation à adhérer à la page Facebook Old Harry : soyons maîtres chez nous qu'un ami m'a fait parvenir. Puisqu'il dépasse les 1000 caractères permis, je le publie ici.
Bonne lecture,
FredK
__________________________
Je veux bien que le Québec demeure le "maître" de ses ressources naturelles.
Cependant, l'exploitation du pétrole et du gaz dans le golfe du St-Laurent expose un écosystème déjà fragilisé par la surpêche à des risques environnementaux trop importants - trop importants car la somme que touchera le Québec en terme de redevances pétrolières ne sera jamais assez importante pour sauver/rebâtir ce milieu marin dans l'éventualité d'une marée noire. (Voir les images de la marée noire dans le Golfe du Mexique)
Il faut aussi se poser la question de l'usage qui sera fait du pétrole extrait. Très probablement, puisque c'est ce qui est fait partout dans le monde, on le brûlera pour faire fonctionner divers moteurs à explosion ou encore pour produire de l'électricité. Demandez à n'importe quel étudiant en première année de sciences de la nature au CÉGEP et il vous répondra que la combustion des molécules organiques (comprendre produits dérivés du pétrole) qui ont mis des millions d'années à se former, et ce avec les rendements énergétiques absolument ridicules qu'on obtient actuellement, est le pire usage qu'on peut en faire.
Précision : le meilleur usage que l'on peut faire du pétrole se résume dans le mot "plastique". Ais-je besoin de rappeler que le pétrole est une ressource non-renouvelable et qu'une véritable pénurie de matériaux composites se produira une fois ses réserves épuisées? (voir Hubert Reeves, Chroniques du ciel et de la vie) Que le Québec perd présentement ses raffineries et autres usines pétrochimiques qui sont transformées en simples terminaux et/ou centres de stockage, la plus récente étant celle de Shell au mois de juin? Le pétrole québécois sera transformé de façon inefficace en énergie polluante, ce qui correspond à un usage totalement irresponsable et inconséquent de la ressource.
Ceci est particulièrement vrai dans le cas du Québec, qui est présentement en situation de surplus énergétique et qui le sera, selon Hydro-Québec, pour les 15 prochaines années. Cette situation le force d'ailleurs à vendre son électricité à rabais en raison du surplus de l'offre vs. la demande. L'entrée en jeu d'une nouvelle source d'énergie, qu'elle soit sous forme de pétrole ou de gaz de schiste, ne fera qu'accentuer ce problème.
En ce sens, une approche intégrée de développement énergétique qui prendrait en compte les domaines où se situe l'expertise québécoise en matière de production d'énergie (hydraulique, éolienne, hydrolienne, biogaz - ce sont tous des énergies renouvelables noterez-vous) et qui étudierait en profondeur les impacts environnementaux, économiques et sociaux des filières où l'expertise est principalement étrangère (combustibles fossiles) avant de laisser les entreprises se hasarder dans ces secteurs permettrait de maximiser les retombées positives au Québec.
L'exemple des chercheurs de l'IREQ (l'institut de recherche d'Hydro-Québec), qui se creusent toujours la tête pour trouver une façon de concilier la production à géométrie variable d'électricité éolienne avec le flot constant d'électricité hydraulique, montre bien que le développement précipité d'une nouvelle filière énergétique, s'il n'est pas intégré dans une stratégie à long terme et qui comprend l'ensemble des sources d'énergie, relève plus du casse-tête que du miracle économique.
Heureusement, dans le cas de l'éolien, les impacts environnementaux et socio-économiques liés à une mauvaise gestion ou à une exploitation précipitée sont minimes. Ce n'est pas le cas du pétrole en milieu marin ou encore du gaz de schiste. (Voir le documentaire Gazland)
Et je n'ai pas encore parlé des changements climatiques, ni du retard dans le développement des technologies d'efficacité énergétique et de production d'énergie verte qu'entraînera inévitablement le développement d'une filière énergétique concurrente, ni de la nécessité de réduire de 80 % les émissions de tous les gaz à effet de serre (GES) de l'humanité d'ici 2050, et encore moins de notre devoir de laisser un milieu de vie sain (économiquement, socialement et environnementalement parlant) aux générations présentes et futures. (Voir ce petit exposé de Bill Gates)
Donc, en prenant tout cela en considération, la question n'est pas de savoir qui de Terre-Neuve ou de Québec exploitera le gisement pétrolier Old Harry. La question est de savoir si l'on doit exploiter ce gisement. Or, sur cette question de l'exploitation du pétrole en milieu marin, le consensus rejoint même les libéraux de Jean Charest, pourtant en faveur de l'exploitation des gaz de schiste.
À savoir : absolument pas.
mardi 5 octobre 2010
De l’importance des médias dans la démocratie étudiante - Annonce
Ma chronique pour la première parution de La République, nouveau périodique étudiant que j'ai contribué à fonder au Collège de Bois-de-Boulogne, établissement où je mène présentement des études préuniversitaires.
Bonne lecture,
FredK
______________________________________
« Je désapprouve ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. »
— Voltaire
La démocratie, si imparfaite soit-elle, est le seul système de gouvernement qui permet l’exercice de la liberté de réflexion, de la liberté de parole et de la liberté de débat. Elle est la seule à accepter que du fruit de la dialectique puisse naître une remise en question de ses propres fondements. En démocratie, c’est l’éclairage pluriel des idées multiples qui permet le progrès de la société, et c’est pourquoi elle fait plus que défendre le dialogue, c’est pourquoi elle l’encourage.
La démocratie est ainsi beaucoup plus qu’une simple croix tracée de temps à autre sur un bulletin, lorsqu’on a le temps et qu’il ne fait pas trop froid. C’est ce qui a permis l’exercice pratique de la liberté, l’affranchissement des serfs féodaux, et qui a fait de cette idée abstraite la plus grande révolution qu’ait connue l’humanité jusqu’à ce jour.
La démocratie, en plus d’être une façon de vivre et de réfléchir, est aussi la condition à l’expression courante de ces actions.
***
Pour qu’une société démocratique soit forte et afin qu’elle survive aux tentations autoritaires, il faut que ses citoyens participent activement à la chose publique. Qu’ils s’informent, prennent part au débat, dépassent leur première opinion, et exercent leur droit de vote en accord avec leurs convictions. Plus grande est la mobilisation citoyenne et plus ce modèle participatif de gouvernance sera et restera sain.
Or, dans la société actuelle, la population s’est largement désintéressée de ce qui est appelé communément la politique. Plusieurs facteurs influencent cette tendance lourde, le manque de leadership et de vision n’étant pas le moindre, mais non pas le seul.
En ayant tenu la démocratie pour acquise trop longtemps, les citoyens et les médias ont détourné leur attention du pouvoir. Soulevant plusieurs autres enjeux sociaux, économiques et environnementaux, ils ont négligé de protéger ce qui leur permettait de discourir sur ces nouvelles thématiques.
La conséquence directe de cette négligence a été la fermeture du pouvoir politique, exécutif puis législatif, au débat d’idées pour le remplacer par un débat d’intérêts. Ce pouvoir est depuis pratiquement hermétique aux demandes de la population.
***
Ceux qui ne sont pas trop occupés à être dupes, ou entravés par leurs rivalités réalisent la nécessité d’intervenir. Il ne s’agit pas ici de pousser un programme politique en avant, il s’agit de défendre un modèle sans lequel il ne serait même plus possible de débattre de tels programmes.
Parce que nous croyons en l’intelligence des gens.
Parce que nous croyons qu’en les informant, en suscitant leur intérêt envers la chose publique et en leur présentant les faits de façon, non pas apolitique, mais apartisane, nous pouvons sauvegarder la démocratie par l’éveil des consciences.
Nous avons décidé de former un nouveau média, La République, qui aura pour mission de jouer ce rôle au Collège de Bois-de-Boulogne.
samedi 4 septembre 2010
mardi 31 août 2010
Le chant de l'homme (Les vents d'Août, suite et fin) - Création
En ce soir du 31 août, alors que l'été décide de mourir avec force et chaleur, je prends les derniers moments qu'il me reste avant de disparaître pour le temps que durera l'automne. Je prends ces derniers moments afin de vous remercier, chères lectrices et chers lecteurs, pour le temps que vous avez accordé à la lecture de mes textes.
Ce mois, cet été, ces moments de liberté furent pour moi les plus inspirants que j'ai vécus au cours de ma jeune existence. Ce mois, cet été, j'ai fait plus que de redécouvrir le plaisir de l'acte d'écriture, j'ai appris à créer et à aimer. Je me suis imprégné de cet amour, et je l'ai traduit par l'art de la création.
J'espère que vous avez apprécié votre lecture. Je vous réserve encore quelques surprises qui, je l'espère, vous aideront à garder votre esprit libre et aimant lorsque dans les jours à venir votre corps ne le sera plus. Quant à moi, à l'avenir, ce sera tous les jours le mois d'août.
FredK
_________________________
Ce sera tous les jours le mois d'août
La chaleur du soleil cuisant sur la peau
Le vent dans les voiles
Et l'eau aspergeant les sourires
Plume à la main
Et mots dans le coeur
Ce sera tous les jours le mois d'août
Avec ses montagnes, ses perséides
Et ses clairs de lune
FredK
Ce mois, cet été, ces moments de liberté furent pour moi les plus inspirants que j'ai vécus au cours de ma jeune existence. Ce mois, cet été, j'ai fait plus que de redécouvrir le plaisir de l'acte d'écriture, j'ai appris à créer et à aimer. Je me suis imprégné de cet amour, et je l'ai traduit par l'art de la création.
J'espère que vous avez apprécié votre lecture. Je vous réserve encore quelques surprises qui, je l'espère, vous aideront à garder votre esprit libre et aimant lorsque dans les jours à venir votre corps ne le sera plus. Quant à moi, à l'avenir, ce sera tous les jours le mois d'août.
FredK
_________________________
Ce sera tous les jours le mois d'août
La chaleur du soleil cuisant sur la peau
Le vent dans les voiles
Et l'eau aspergeant les sourires
Plume à la main
Et mots dans le coeur
Ce sera tous les jours le mois d'août
Avec ses montagnes, ses perséides
Et ses clairs de lune
FredK
Le piano - Délire
L'heure avançait.
J'avais beau me rendre compte que d'autres lieux m'appelaient, le doux son du piano faisait de moi le prisonnier de cette salle.
D'harmonie en harmonie, de Rhapsody In Blue à Elton John, j'étais envoûté par cette image si vivante d'une femme habillée de blanc, ses doigts caressant les notes d'ivoire vieilli.
À celle-ci se superposait d'autres images : un piano verni au banc duquel se tenait une autre femme, dans la lumière tamisée du salon, son meilleur ami se tenant debout derrière elle pour la regarder jouer.
Une autre image, un piano d'un noir laqué, un sourire tourné vers moi alors que les mains esquissent un premier mouvement.
Un piano à queue sur une scène vide.
Un piano droit dans un restaurant bondé, un chapeau brun et usé et dessous, un vieux guitariste m'invitant à jouer...
J'avais beau me rendre compte que d'autres lieux m'appelaient, le doux son du piano faisait de moi le prisonnier de cette salle.
D'harmonie en harmonie, de Rhapsody In Blue à Elton John, j'étais envoûté par cette image si vivante d'une femme habillée de blanc, ses doigts caressant les notes d'ivoire vieilli.
À celle-ci se superposait d'autres images : un piano verni au banc duquel se tenait une autre femme, dans la lumière tamisée du salon, son meilleur ami se tenant debout derrière elle pour la regarder jouer.
Une autre image, un piano d'un noir laqué, un sourire tourné vers moi alors que les mains esquissent un premier mouvement.
Un piano à queue sur une scène vide.
Un piano droit dans un restaurant bondé, un chapeau brun et usé et dessous, un vieux guitariste m'invitant à jouer...
samedi 21 août 2010
Le Web : cause ou solution à la crise des médias? (suite) - Analyse
Ayant décrit de façon assez explicite comment les médias traditionnels perçoivent les contenus produits sur et par le biais du Web 2.0 - et pourquoi ils représentent pour eux une problématique sérieuse - lors de ma dernière analyse de la table ronde Le Web : cause ou solution à la crise des médias? qui a eu lieu dans le cadre de l'École d'été de l'Institut du Nouveau Monde, je m'attarderai maintenant sur le renouvellement que l'approche des médias sociaux peut leur apporter.
L'essence même du Web 2.0 étant l'approche multilatérale de l'accès à l'information et de la publication de contenu, forme de démocratisation du journalisme qui devient alors journalisme-citoyen, il en résulte tout d'abord une augmentation phénoménale de la quantité d'informations et de réactions susceptibles d'être retransmises par les médias traditionnels. En ce sens, les chaînes d'information en continu pourraient faire appel à ces données puisque leur mission première est de remplir leur temps d'antenne et que leur problématique première celle du manque de contenu.
Cette approche mènerait à un changement significatif dans le rapport à l'information, car elle permettrait à une multitude d'individus - auteurs, commentateurs et témoins - d'entrer en relation avec le très large auditoire des médias de masse et de l'interpeler tout en lui donnant les moyens de réagir directement à cette interpellation. Ainsi, toujours dans le cadre de cet exemple spécifique, les chaînes d'information en continu pourraient héberger en temps réel un débat citoyen sur l'enjeu soulevé, ce qui aurait trois conséquences directes positives :
En ce sens, je crois que les médias traditionnels manquent une occasion en or de transformer leur façon d'envisager le rapport à l'information, « one-to-many » à « many-to-many », chose qui sera probablement nécessaire à leur survie.
À suivre,
FredK
L'essence même du Web 2.0 étant l'approche multilatérale de l'accès à l'information et de la publication de contenu, forme de démocratisation du journalisme qui devient alors journalisme-citoyen, il en résulte tout d'abord une augmentation phénoménale de la quantité d'informations et de réactions susceptibles d'être retransmises par les médias traditionnels. En ce sens, les chaînes d'information en continu pourraient faire appel à ces données puisque leur mission première est de remplir leur temps d'antenne et que leur problématique première celle du manque de contenu.
Cette approche mènerait à un changement significatif dans le rapport à l'information, car elle permettrait à une multitude d'individus - auteurs, commentateurs et témoins - d'entrer en relation avec le très large auditoire des médias de masse et de l'interpeler tout en lui donnant les moyens de réagir directement à cette interpellation. Ainsi, toujours dans le cadre de cet exemple spécifique, les chaînes d'information en continu pourraient héberger en temps réel un débat citoyen sur l'enjeu soulevé, ce qui aurait trois conséquences directes positives :
- Une plus grande exactitude dans la mesure de la position de la population que dans un sondage d'opinion traditionnel : les messages relayés par les médias sont multidimensionnels de par leur forme - ils prennent en compte, explicitement ou implicitement, tous les aspects qui ont influé sur la réflexion - et non binaires - oui/non, aime/n'aime pas - car ils incluent le « pourquoi » de la position prise, ils donnent une perspective globale de la situation par leur provenance qui ne souffre pas de limites, et sont complexes puisqu'ils sont pensée et non opinion sur celle du sondeur. Ou, tout du moins, ils offrent ces possibilités.
- L'élimination d'une partie de la distance entre le niveau décisionnel de l'État et les préoccupations de ses citoyens. Comme ces derniers interpellent à la fois les décideurs et toute la population en direct, créant une marée de messages et de questions sur un point bien précis, il devient beaucoup plus difficile pour nos dirigeants de changer de sujet tout en gardant le contrôle sur leur image ultramédiatisée. Les forcer à répondre et à rendre des comptes semble en ce sens la façon la plus sûre d'obtenir des résultats de nos politiciens.
- Bien que la pertinence de certaines interventions soit questionnable ou que le consensus se dégageant d'une telle formule d'échanges puisse être interprété comme un sophisme (appel à la majorité), il est possible d'en dire autant des invités membres du star-système appelés à commenter un évènement d'actualité en raison de leur popularité et non de leur spécialisation dans le domaine couvert (appel à l'autorité). De plus, l'avantage clair de grands débats citoyens diffusés par les médias de masse est d'obliger les auditeurs à développer leur esprit critique : face aux multiples positions présentées, ils doivent juger à laquelle ils adhèrent en analysant les arguments présentés par chaque intervenant, ne pouvant plus simplement affirmer leur accord ou leur désaccord.
En ce sens, je crois que les médias traditionnels manquent une occasion en or de transformer leur façon d'envisager le rapport à l'information, « one-to-many » à « many-to-many », chose qui sera probablement nécessaire à leur survie.
À suivre,
FredK
Le chant de l'homme (Les vents d'Août) - Création
« Maintenant, on ne s'assoira plus jamais. » - Greg, le 18 août
Il remontait sur les planches. Il saluait à nouveau la foule sous les ombres des projecteurs, après lui avoir offert toute la beauté que son âme pouvait faire passer par son corps. Noyé dans la douce balade de l'accordéon, les bras grands ouverts, il se laissait porter par le courant, esquissant une danse maladroite et heureuse, une reconnaissance sincère au fond des yeux. Finis le temps de l'intolérance et des mensonges polis, l'art, l'art de la scène et celui de la musique, lui avait permis de trouver cette liberté nouvelle dans sa vérité, et son rayonnement fracassait les vitres de la salle pour se perdre dans les rues nocturnes, notes, lumière et clameurs parfumant le chaud vent d'août.
« On ne peut pas le laisser mourir comme ça. Ni lui, ni toutes les histoires d'amour qui vont avec. » - Faubourg 36, le 21 août
Le spectacle. On dit souvent : « le monde du spectacle ». Celles et ceux qui emploient cette expression ont raison, mais sans savoir qu'ils l'utilisent à mauvais escient. Le spectacle est un monde en soi, un univers. Le seul d'ailleurs où une foule de personnages, les artistes, sont les réels avatars de leur âme, et déambulent pour partager la totalité de ce qu'ils sont. Les entrées et les sorties s'enchaînent, et du passage clair-obscur des coulisses à l'avant-scène, de la complicité de ses comparses à l'amour de la foule, et vice-versa, naît la création unique et éphémère de l'instant, à jamais inoubliable. La note tragique de la voix se mêlant à celle du violon dans une scène rougie par la douleur des projecteurs sur le décor, le doux baiser échangé dans l'incertitude du matin accompagné du silence de la forêt ou du bruit des passants dans un café parisien. Le hourra ou le tonnerre. La mort froide qui descend parmi les hommes ou la joie qui rompt un barrage de ressentiment érigé depuis trop longtemps. Tout cela, dans sa brillance florale, c'est le théâtre.
« C'est ma vie. Il était temps que je cesse de la mettre de côté. » - L'auteur, le 23 août
Peut-on être mieux qu'au milieu de cette honnêteté, de cette générosité sans borne, de ces cent mille coeurs qui débordent et se joignent pour former cette merveille? Entre le rideau et les murs roulants que les spectateurs ne voient pas, entre une pile d'accessoires et un costume brillant, entre un régisseur paniqué et un acteur riant de son manque de tact?
Le pinacle de tous les arts c'est le théâtre. Et l'art, comprit-il, était ce qu'il avait au fond de lui. Pour lui.
***
Ainsi, quittant la salle imaginaire redevenue silencieuse, il s'éloigna d'un pas plus léger vers l'automne. La confiance que lui procurait cette volonté nouvelle le portait sous cette nuit étoilée, elle qui lui en rappelait une autre, plus lointaine, vers laquelle il dirigeait tout son désir afin de la faire revenir vers lui.
dimanche 15 août 2010
L'Entente de Montréal - Analyse
Simulation d'un sommet mondial sur les changements climatiques, le sommet Montréal Climat 2010 de l'École d'été de l'Institut du Nouveau Monde a eu lieu du 12 au 14 août 2010. J'ai couvert l'évènement en tant que reporter officiel.
Sautant dans la peau des dirigeants de pays de l'Union européenne, de l'OPEP, du Groupe parapluie, du G5, de l'Union africaine ou alors dans celle de membres d'ONG présentes pour influencer les négociations, les jeunes de l'École d'été ont tenté de faire coïncider des intérêts nationaux divergents sur trois enjeux majeurs de la diplomatie du climat - le transfert d'argent vers les pays pauvres pour les aider à s'adapter aux changements climatiques, la protection de la forêt et le reboisement, ainsi que les cibles de réduction des gaz à effet de serre - afin de répondre aux attentes du public attentif et inquiet.
Durant trois journées qui étaient successivement consacrées aux enjeux susmentionnés, les délégués des pays participants ont recherché des alliés, les préoccupations économiques communes étant la pierre angulaire sur laquelle ces regroupements se sont formés. Cet état de fait a mis à l'avant-plan la question du transfert d'argent qui a presque réussi à occulter carrément les autres. Voici d'ailleurs une courte entrevue avec un délégué du Japon et une autre avec une déléguée du Venezuela, qui abordent ces différends de nature économique qui ont empêché la conclusion d'un accord de principe après le deuxième jour de négociations.
Pendant ce temps, les ONG tentaient d'orienter les décisions usant de la pression populaire - sous forme de pétition et de manifestations - et en proposant des plans d'action ambitieux supportés par quantités de rapports et de données scientifiques.
Le tout a culminé avec la formation de trois blocs, essentiellement axés autour d'un niveau de développement semblable, qui ont été les trois parties assises autour de la table des négociations lors de la dernière plénière.
La question qui se posait dès le début de cette simulation était la suivante : l'idéalisme des jeunes allait-il triompher? Sinon, les acteurs allaient-ils jouer leur rôle jusqu'à reproduire l'échec de Copenhague? La réponse un peu décevante, mais fort instructive, est qu'ayant joué leur rôle à la perfection, c'est-à-dire en n'usant pas de leurs convictions personnelles pour faire fi des intérêts de leurs pays respectifs, ils n'ont pas pris - et n'auraient pas pu prendre - de résolutions bien plus ambitieuses que celles qui ont été prises à Copenhague.
Les participants ont ressenti un malaise réel face à cette constatation. Ils semblent avoir réalisé que, tant que la discussion ne s'élèvera pas au-dessus des intérêts conflictuels des nations et traitera uniquement des intérêts communs à l'humanité entière - et qui ne peuvent donc la diviser - il ne sera pas possible, malgré toute la bonne volonté que l'on peut posséder, d'établir et de réaliser les objectifs nécessaires à la sauvegarde de notre espèce.
Mais voilà : qui possède la légitimité nécessaire pour prétendre au poste de représentant de l'humanité entière?
À suivre,
FredK
Sautant dans la peau des dirigeants de pays de l'Union européenne, de l'OPEP, du Groupe parapluie, du G5, de l'Union africaine ou alors dans celle de membres d'ONG présentes pour influencer les négociations, les jeunes de l'École d'été ont tenté de faire coïncider des intérêts nationaux divergents sur trois enjeux majeurs de la diplomatie du climat - le transfert d'argent vers les pays pauvres pour les aider à s'adapter aux changements climatiques, la protection de la forêt et le reboisement, ainsi que les cibles de réduction des gaz à effet de serre - afin de répondre aux attentes du public attentif et inquiet.
Durant trois journées qui étaient successivement consacrées aux enjeux susmentionnés, les délégués des pays participants ont recherché des alliés, les préoccupations économiques communes étant la pierre angulaire sur laquelle ces regroupements se sont formés. Cet état de fait a mis à l'avant-plan la question du transfert d'argent qui a presque réussi à occulter carrément les autres. Voici d'ailleurs une courte entrevue avec un délégué du Japon et une autre avec une déléguée du Venezuela, qui abordent ces différends de nature économique qui ont empêché la conclusion d'un accord de principe après le deuxième jour de négociations.
Pendant ce temps, les ONG tentaient d'orienter les décisions usant de la pression populaire - sous forme de pétition et de manifestations - et en proposant des plans d'action ambitieux supportés par quantités de rapports et de données scientifiques.
Le tout a culminé avec la formation de trois blocs, essentiellement axés autour d'un niveau de développement semblable, qui ont été les trois parties assises autour de la table des négociations lors de la dernière plénière.
- Le premier regroupement étant celui des pays en voie de développement, l'AO. Il incluait les pays de l'Union africaine, l'Afrique du Sud - qui faisait d'abord partie du G5 - ainsi que les pays de l'OPEP. Cette coalition avait élu un seul pays représentant, l'Afrique du Sud.
- Le second étant celui des pays émergents, les PÉ. Il incluait les pays de l'ex-G5, le Brésil, l'Inde et la Chine, et avait élu un seul pays représentant, le Brésil.
- Le dernier regroupement étant celui des pays industrialisés, les PI. Il incluait les pays du Groupe parapluie et de l'Union européenne et avait élu deux pays représentants, soit les États-Unis et l'Allemagne.
La question qui se posait dès le début de cette simulation était la suivante : l'idéalisme des jeunes allait-il triompher? Sinon, les acteurs allaient-ils jouer leur rôle jusqu'à reproduire l'échec de Copenhague? La réponse un peu décevante, mais fort instructive, est qu'ayant joué leur rôle à la perfection, c'est-à-dire en n'usant pas de leurs convictions personnelles pour faire fi des intérêts de leurs pays respectifs, ils n'ont pas pris - et n'auraient pas pu prendre - de résolutions bien plus ambitieuses que celles qui ont été prises à Copenhague.
Les participants ont ressenti un malaise réel face à cette constatation. Ils semblent avoir réalisé que, tant que la discussion ne s'élèvera pas au-dessus des intérêts conflictuels des nations et traitera uniquement des intérêts communs à l'humanité entière - et qui ne peuvent donc la diviser - il ne sera pas possible, malgré toute la bonne volonté que l'on peut posséder, d'établir et de réaliser les objectifs nécessaires à la sauvegarde de notre espèce.
Mais voilà : qui possède la légitimité nécessaire pour prétendre au poste de représentant de l'humanité entière?
À suivre,
FredK
vendredi 13 août 2010
Le Web : cause ou solution à la crise des médias? - Analyse
Dans le cadre de ma couverture des évènements de l'École d'été 2010 de l'Institut du Nouveau Monde, j'ai assisté à la table ronde intitulée Le Web : cause ou solution à la crise des médias? qui vient d'avoir lieu au pavillon John Molson de l'Université Concordia. Étaient présents Sophie Cousineau, journaliste et chroniqueuse à La Presse et sur Cyberpresse.ca, Bernard Descôteaux, directeur du Devoir, Louise Lantagne, directrice générale de la télévision de Radio-Canada, et André Mondoux, sociologue spécialiste des technologies de l'information.
Ce fut en soi intéressant bien qu'on eut pu présager de la déclaration finale dès le début de la rencontre. Celle-ci émanant de plusieurs acteurs majeurs dans le domaine des médias traditionnels, il semble que le constat auquel ils ont abouti fasse consensus dans ce milieu.
Essentiellement, Internet est caractérisé par l'avènement de l'ici et maintenant. L'utilisateur consulte les contenus disponibles selon ses intérêts - à la carte - choisissant dans des thématiques bien précises et ciblées à l'avance une poignée d'informations parmi l'océan de celles qui sont accessibles. Il va même jusqu'à commenter les contenus, en débattre avec d'autres utilisateurs et même publier les siens.
Et c'est là que le bât blesse.
En effet, l'innovation surgit uniquement à la dernière étape de l'interactivité qu'offre ce qu'on appelle communément le Web 2.0. C'est par la création de contenu en temps réel, par l'utilisation des plateformes de publication Web, que celui qui était un lecteur ou un auditeur des médias traditionnels transforme son rôle et devient son propre média. Le journaliste-citoyen peut désormais se passer complètement des médias traditionnels et exister sur Internet en toute autarcie. Pire, il peut engendrer des réactions qui, en raison de la capacité de les publier immédiatement, s'alimenteront d'elles-mêmes à une vitesse fulgurante, virale.
Et c'est exactement ce que les médias traditionnels reprochent à Internet.
Selon eux, trois choses découlent naturellement des plateformes de publication ouvertes à tous et qui viennent miner la crédibilité de l'ensemble de leurs contenus - sans tenir compte de leur valeur respective et intrinsèque.
« On dit que la dictature "C'est ferme ta gueule!" et que la démocratie c'est "Cause toujours!"...» a dit André Mondoux lors de la table ronde. C'est éloquent.
À suivre,
Ce fut en soi intéressant bien qu'on eut pu présager de la déclaration finale dès le début de la rencontre. Celle-ci émanant de plusieurs acteurs majeurs dans le domaine des médias traditionnels, il semble que le constat auquel ils ont abouti fasse consensus dans ce milieu.
Essentiellement, Internet est caractérisé par l'avènement de l'ici et maintenant. L'utilisateur consulte les contenus disponibles selon ses intérêts - à la carte - choisissant dans des thématiques bien précises et ciblées à l'avance une poignée d'informations parmi l'océan de celles qui sont accessibles. Il va même jusqu'à commenter les contenus, en débattre avec d'autres utilisateurs et même publier les siens.
Et c'est là que le bât blesse.
En effet, l'innovation surgit uniquement à la dernière étape de l'interactivité qu'offre ce qu'on appelle communément le Web 2.0. C'est par la création de contenu en temps réel, par l'utilisation des plateformes de publication Web, que celui qui était un lecteur ou un auditeur des médias traditionnels transforme son rôle et devient son propre média. Le journaliste-citoyen peut désormais se passer complètement des médias traditionnels et exister sur Internet en toute autarcie. Pire, il peut engendrer des réactions qui, en raison de la capacité de les publier immédiatement, s'alimenteront d'elles-mêmes à une vitesse fulgurante, virale.
Et c'est exactement ce que les médias traditionnels reprochent à Internet.
Selon eux, trois choses découlent naturellement des plateformes de publication ouvertes à tous et qui viennent miner la crédibilité de l'ensemble de leurs contenus - sans tenir compte de leur valeur respective et intrinsèque.
- Face à l'instantanéité de la publication qui ne subit aucune contre-vérification des faits et à l'anonymat répandu des créateurs de contenu, il devient extrêmement difficile de faire la distinction entre une nouvelle objective publiée dans le but d'informer et une annonce subjective publiée dans le but de convaincre.
- Puisque les réactions spontanées et émotives engendrées par la lecture, par exemple, d'un billet d'un blogue, peuvent être partagées et entendues avec l'ensemble de la communauté d'Internet dans la seconde suivant son apparition, il en découle qu'un commentaire est très rarement sujet à une analyse critique de la part de son auteur - souvent anonyme et donc peu enclin prendre la responsabilité des propos tenus -. La discussion multilatérale autour dudit billet d'un blogue est donc sujette à de sérieux dérapages, autant sur le plan du ton que du contenu.
- En raison des deux points susmentionnés et du nombre incommensurable de publications et de réactions ne serait-ce que sur un même enjeu, il est admis que toutes les opinions se valent. Par conséquent, même les contenus et commentaires pertinents et réfléchis ne peuvent être reconnus comme tels que de façon subjective et non par l'ensemble de la communauté.
« On dit que la dictature "C'est ferme ta gueule!" et que la démocratie c'est "Cause toujours!"...» a dit André Mondoux lors de la table ronde. C'est éloquent.
À suivre,
FredK
jeudi 12 août 2010
Couverture du sommet de Montréal/Profil changements climatiques - Notes
13h00
Arrivé en retard à la conférence à cause d'une réorientation - très nécessaire - de la stratégie de couverture des évènements de l'École d'été de l'Institut du Nouveau Monde, je constate déjà le manque d'empathie à mon égard de la part de l'animatrice qui joue - très bien - le rôle de la ministre de l'environnement du Canada. Comme quoi la position du gouvernement conservateur face aux médias est très bien retransmise dans cette simulation :
Ça promet! Je sens que je vais m'amuser. Un début :
Ce qui est déjà une réponse en soit.
La suite, et une réflexion plus sérieuse, pour très bientôt.
FredK
Arrivé en retard à la conférence à cause d'une réorientation - très nécessaire - de la stratégie de couverture des évènements de l'École d'été de l'Institut du Nouveau Monde, je constate déjà le manque d'empathie à mon égard de la part de l'animatrice qui joue - très bien - le rôle de la ministre de l'environnement du Canada. Comme quoi la position du gouvernement conservateur face aux médias est très bien retransmise dans cette simulation :
(La ministre) Ah, est-ce qu'on a un nouveau participant?
(Moi) Non, je suis du profil médias sociaux. Je suis ici pour vous couvrir.
(La ministre) Ah bon! Donc lui c'est un journaliste. Il est ici pour apprendre des informations de votre part. Vous pouvez lui en donner, mais ce n'est pas sûr qu'il va publier exactement ce que vous avez dit. C'est lui qui décide. Alors vous décidez si vous lui faites confiance...
(Moi) Donc, est-ce que vous représentez la position de la vraie ministre?
(La ministre, après un long silence) La conférence de presse n'est pas encore ouverte, je ne vais donc pas répondre.
Ce qui est déjà une réponse en soit.
La suite, et une réflexion plus sérieuse, pour très bientôt.
FredK
Pluie d'articles à venir - Annonce
Bonjour chères lectrices, bonsoir chers lecteurs,
J'aurai bientôt le plaisir de couvrir une multitude d'évènements - tables rondes, conférences, ateliers, etc. - qui auront lieu dans le cadre de l'École d'été 2010, festival de la participation citoyenne organisé par l'Institut du Nouveau Monde et se tenant du 12 au 15 août à Montréal sur le campus de l'Université Concordia.
Afin de vous tenir au courant en direct des différents développements lors des débats à venir et de prendre part à la discussion, je vous invite à consulter et à commenter sur mon compte twitter. Bien entendu, je compte vous présenter quelques réflexions de mon crû, donc dépassant les 140 caractères, qui seront publiées sur ce blog.
Bonne lecture,
FredK
J'aurai bientôt le plaisir de couvrir une multitude d'évènements - tables rondes, conférences, ateliers, etc. - qui auront lieu dans le cadre de l'École d'été 2010, festival de la participation citoyenne organisé par l'Institut du Nouveau Monde et se tenant du 12 au 15 août à Montréal sur le campus de l'Université Concordia.
Afin de vous tenir au courant en direct des différents développements lors des débats à venir et de prendre part à la discussion, je vous invite à consulter et à commenter sur mon compte twitter. Bien entendu, je compte vous présenter quelques réflexions de mon crû, donc dépassant les 140 caractères, qui seront publiées sur ce blog.
Bonne lecture,
FredK
samedi 7 août 2010
Jazz-on - Suggestion musicale
Pour celles et ceux que ça pourrait intéresser. À faire jouer dans l'ordre suggéré pour une performance maximale. Durée totale de la sélection : 60 minutes.
FredK
___________________________
FredK
___________________________
- Route 66 - par The Manhattan Transfer sur The Anthology : Down in Birdland/Disque 1 (1992)
- On the Sunny Side of the Street - par Emilie-Claire Barlow sur Like a Lover (2005)
- What'd I Say, Pt.1 - par Ray Charles sur Genius : The Ultimate Collection (2009)
- Act Like You Love Me - par The Stephen Barry Band sur Happy Man (1995)
- Baby Come Back to Me (The Morse Code of Love) - par The Manhattan Transfer sur The Anthology : Down in Birdland/Disque 1 (1992)
- African Convention - par Miriam Makeba sur Reflections (2004)
- Watermelon Man - par Herbie Hancock sur Takin' Off (1962)
- I Was Doing All Right - par Dexter Gordon sur Doin' Alright (1961)
- They All Laughed - par Ella Fitzgerald et Louis Armstrong sur Ella and Louis again (1957)
- Wrap Your Troubles In Dreams - par Bill Evans sur The "Interplay" Sessions (1982)
- They Can't Take That Away From Me - par Ella Fitzgerald et Louis Armstrong sur Ella and Louis again (1957)
- One Thin Dime - par The Stephen Barry Band sur Happy Man (1995)
- Hit the Road Jack! - par Ray Charles sur Genius : The Ultimate Collection (2009)
S'abonner à :
Messages (Atom)